Lorsque Doja Cat a lancé l'ère Scarlet, la transition n'a pas ressemblé à une simple sortie d'album. C'était plutôt une rupture. L'atmosphère a changé, les codes ont évolué et l'identité qui avait soutenu le succès pop fulgurant de Planet Her a soudainement laissé place à quelque chose de plus abrasif, de plus ironique et de plus ouvertement provocateur.

Scarlet s'est imposé comme une évolution esthétique et un repositionnement public. Il ne s'agissait plus seulement de musique, mais aussi d'image, d'attitude et de la tension constante entre l'artiste et son public. C'est précisément ce qui rend cette période si fascinante. L'ère Scarlet ne se limite pas au son ; elle se manifeste également dans le langage visuel, les performances et la présence numérique qui l'entourent. Sorti en septembre 2023, l'album s'est rapidement imposé comme l'un des projets les plus marquants de l'année.

La naissance d'une nouvelle personnalité

L'un des aspects les plus marquants de Scarlet réside dans sa présentation visuelle. Avant même que l'album ne se dévoile pleinement musicalement, Doja Cat a complètement redéfini son esthétique. Les codes de la beauté ont changé, les visuels sont devenus plus dérangeants et sa présence en ligne a pris une dimension délibérément provocatrice. Il ne s'agissait plus de séduire, mais de reprendre le contrôle.

Par le biais du malaise, de l'exagération et de la performance, Doja Cat s'est réappropriée son récit artistique. Cette stratégie a immédiatement transformé la perception du projet par le public. Scarlet a cessé d'être un simple titre d'album. Il est devenu presque un personnage, une nouvelle identité scénique, une frontière symbolique entre la Doja Cat que le public croyait connaître et celle qu'elle avait choisi d'incarner. Cette nouvelle visibilité ne reposait plus sur la volonté de plaire à tous, mais sur un refus catégorique de rester prisonnière d'une image d'elle-même déjà largement exploitée par l'industrie et les réseaux sociaux.

Scarlet entre en scène

Dès son premier single, « Paint The Town Red », Doja Cat a affiché clairement ses intentions. Le titre est rapidement devenu un tube planétaire, tout en constituant une véritable déclaration artistique. Avec des paroles provocatrices comme « J'ai dit que mon bonheur était toute ta misère », elle a pleinement assumé sa position contestataire vis-à-vis des attentes du public. L'album dans son ensemble était fortement influencé par le rap. Des morceaux comme « Demons » plongeaient dans une imagerie sombre, presque cauchemardesque, tandis que « Fuck The Girls » se moquait ouvertement des critiques et des attentes placées en elle.

Mais derrière cette attitude abrasive, Scarlet révélait aussi des moments plus introspectifs. « Agora Hills » explorait la solitude et les paradoxes de la célébrité, tandis que « Skull and Bones » évoquait la pression constante qui pèse sur les artistes mondialement connus. Dans cet équilibre entre provocation et introspection, Doja Cat a réussi à faire de Scarlet une véritable déclaration d'indépendance artistique.

"Scarlet n'est pas simplement un titre. C'est un personnage, une nouvelle identité scénique, une frontière symbolique entre la Doja Cat que le public pensait connaître et celle qu'elle choisit désormais d'incarner."

Un retour confiant au rap

Musicalement, l'ère Scarlet marque également un retour plus affirmé au rap. Doja Cat avait déjà démontré sa capacité à naviguer entre rap, pop et R&B tout au long de sa carrière. Mais ici, le rap devient l'épine dorsale du projet. Cela dit, elle ne renie pas complètement son passé musical. Des fragments de mélodie et une certaine souplesse vocale demeurent présents. Cette dualité est l'une des plus grandes forces de l'album. Scarlet n'efface pas le passé, il le réinterprète. La voix reste adaptable, mais le timbre devient plus incisif, plus détaché et plus introspectif.

Au-delà du rouge: Scarlet 2 CLAUDE

Quelques mois après la sortie de Scarlet, Doja Cat est revenue avec Scarlet 2 CLAUDE, un projet qui fonctionne presque comme une déconstruction du premier album. Là où Scarlet était direct et agressif, ce second volet adopte un ton plus ironique, voire sarcastique. Dès « ACKNOWLEDGE ME », Doja Cat entame une réflexion plus personnelle sur son évolution artistique. Des titres comme « DISRESPECTFUL » ou « OKLOSER » poussent la provocation jusqu'à la caricature, comme si l'artiste s'amusait à amplifier les critiques qu'elle essuie. Avec « MASC », elle interroge plus directement les notions de masculinité et la perception du genre au sein de l'industrie musicale.

Musicalement, Scarlet 2 CLAUDE se révèle également plus imprévisible. Le projet paraît moins linéaire et plus expérimental que son prédécesseur. Des titres comme « PISS » flirtent avec un humour volontairement provocateur, tandis que « URGE » mêle sensualité et ironie. Mais c’est surtout « HEADHIGH » qui surprend, offrant une introspection plus sereine sur son parcours, les sacrifices liés à la célébrité et la perception publique de sa transformation artistique.

Deux Albums, une dualité

Ensemble, Scarlet et Scarlet 2 CLAUDE forment un diptyque fascinant. Le premier album incarne l'affirmation brutale d'une nouvelle identité artistique. Le second propose une réflexion plus distanciée sur cette même transformation. Scarlet est un cri. Scarlet 2 CLAUDE est un commentaire. Ensemble, ils révèlent une dualité chez Doja Cat qui n'avait jamais été aussi manifeste auparavant.

L'autre côté de la Provocation

Avec ces deux projets, Doja Cat confirme avant tout une chose : elle est une artiste profondément insaisissable. Là où beaucoup d’artistes cherchent à maintenir une formule gagnante, elle choisit de déjouer les attentes, de jouer avec son image et de manipuler la perception du public. Ce choix comporte des risques évidents. L’ère Scarlet a suscité de nombreuses critiques et, parfois, une incompréhension totale chez certains fans. Mais c’est précisément cette tension qui rend cette période si captivante.

Scarlet et Scarlet 2 CLAUDE ne sont pas simplement deux albums. Ils sont le reflet d'une artiste en perpétuelle mutation, capable d'embrasser à la fois la force et la vulnérabilité, le sérieux et l'absurde. Doja Cat ne suit pas les tendances. Elle les façonne selon sa propre logique. Et c'est précisément ce qui fait d'elle l'une des artistes les plus fascinantes de sa génération.

Sidney
Ecrit par
Sidney

Fondatrice et Rédactrice du pôle musicale et littéraire